Ce qui se trame à Flatland House, épisode 53 : Pauvre Cosmos, roman (SF) de David Sillanoli
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Pauvre cosmos, roman de pure SF survitaminée et décoiffante de David Sillanoli, dixième volume de notre collection La Tangente, est paru en cette mi-septembre 2025. Il est donc possible dès maintenant de se le procurer, au format papier comme au format numérique, sur ce site, sur commande dans toutes les librairies, ainsi que sur les principales plateformes numériques en ligne.
Ce livre occupe d’ores et déjà une place un peu à part dans notre catalogue. Il a ceci de spécial que c’est le premier ouvrage conçu et réalisé entièrement dans l’écloserie flatlandienne, de l’idée initiale, quand l’auteur cherchait encore à formaliser son histoire, à la veillée d’armes précédant le départ chez l’imprimeur, lorsqu’il s’agit de traquer, un peu fébrile, les dernières scories dans un texte déjà mille fois révisé. Pauvre cosmos plonge en quelque sorte ses racines dans la quatrième de couverture du précédent ouvrage de David, Protocole Commotion, paru lui aussi dans la Tangente. On y lisait un extrait qui disait : « Je crois bien que c’est aussi dans ces eaux-là que je me suis mis à écrire pour de bon mes premières histoires. Ça tirait dans tous les sens et c’était truffé de vaisseaux spatiaux, de soldats et de créatures impossibles qui se mettaient sur la gueule pour y aller si fort que finalement tout était détruit et tout était à refaire. » Quand il s’est agi de passer à l’étape suivante, c’est justement une de ces histoires de SF inabouties qui lui traînaient depuis un moment au fond du ciboulot que David a proposé de mener à son terme. Le factotum de Flatland éditeur lui a répondu de foncer. Il ne fallait pas le lui dire deux fois. L’éditeur fut associé à toutes les étapes de son travail, mais il n’était nul besoin de le guider, David savait fort bien où il voulait aller, et il y est allé.
Les premières réactions sont contrastées. Francis Valéry, qui l’a lu en service de presse, ne boude ni son plaisir ni son enthousiasme : « Pauvre Cosmos marque une rupture avec la SF majoritairement écrite du banal point de vue de l’auteur omniscient, qui ne dit rien ou si peu de ce qu’est le personnage en profondeur. C’est très visuel et la manière de s’exprimer du narrateur colle parfaitement avec ce qu’on comprend/ressent du décor, de la situation, du récit. C’est très cohérent, très riche. Oui, j’aime beaucoup. Une modernité très originale et bien vue, au service d’un récit qui s’inscrit dans une tradition SF bien établie. Un grand écart réussi. Sillanoli a une parfaite maîtrise de ce qu’il fait. Bravo ! » Noé Gaillard, sur le site Daily Passions, se montre (c’est le moins qu’on puisse dire) plus circonspect : « Il s’agit de la troisième publication de l’auteur chez l’éditeur. Et j’hésite, pour ce qui est de la qualifier, entre ‘exercice de style’ et ‘parodie’. Le premier racontant sur un ton un peu infantile les aventures dans l’espace d’un héros jeune qui a fui sa planète envahie par de méchants extraterrestres. La seconde se moquant des récits de jeunes héros dans l’espace ayant fui leur planète envahie… Dans le premier cas, le héros raconte, dans le second, il raconte et commente de manière critique. Je vous laisse décider. » L’occasion d’affirmer haut et fort qu’il ne s’agit en l’occurrence ni de l’un ni de l’autre. Exercice de style a ici une connotation péjorative qui ne correspond ni aux intentions de l’auteur ni au résultat obtenu, et c’est bien plus un hommage à la bonne vieille SF à fusées que David Sillanoli a voulu offrir qu’une parodie d’un âge d’or enfui. Comme le critique le conclut fort justement : à vous de vous faire une idée.
Aujourd’hui ce livre n’est plus une virtualité mais une séduisante réalité qui ne demande qu’à trouver ses lecteurs et lectrices. De la SF à fusées survitaminée qui déboule à cent à l’heure, un spunk-opéra 1 déjanté qui ne laisse pas ses personnages plus vrais que nature en chemin, l’âpreté du roman noir mâtinée de l’ivresse du sense of wonder. C’est Pauvre cosmos. C’est du David Sillanoli. C’est de la SF d’aujourd’hui avec un parfum d’âge d’or. Le factotum de Flatland éditeur y croit très fort et espère que vous lui ferez le triomphe qu’il mérite.
L’ouvrage fait 180 pages, au format 100 x 200 mm et coûte 15 €. Magnifique et parfaitement raccord avec le texte, la couverture à rabats est illustrée par l’indispensable Jean-Jacques Tachdjian, que nous remercions chaleureusement de sa contribution et de sa fidélité à nos petites aventures éditoriales. Et comme l’homme est aussi généreux que talentueux, vous pourrez découvrir ici l’intégralité de la série Kaleidopia comix dont cette illustration de couverture est extraite.
Il est par ailleurs à noter qu’une nouvelle de David Sillanoli, Otto, précédemment parue dans le Novelliste 06, présente l’un des personnages du roman et donne la clé des « absences » périodiques et inexpliquables de celui-ci. Elle sera prochainement mise en ligne sur ce blog.
Comme de coutume, mesdames et messieurs les adhérents de l’association Flatland – Maison de la fiction sont priés de passer commande par mail (contact@flatland-editeur.fr) afin de bénéficier des avantages qui leur sont réservés. Vous souhaitez adhérer et nous manifester ainsi votre soutien tout en faisant de bonnes affaires ? C’est par ici.
(1) Kézaco ? Juste une fantaisie maison pour titiller les neurones, carambolage de « space-opéra-punk », spunk signifiant en outre au sens premier « cran » ou « audace » en anglais.
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En 1999 paraissait au Fleuve Noir l’anthologie steampunk de Daniel Riche intitulée Futurs antérieurs. Une curiosité bibliophilique, nouvelle d’Yves Letort abondamment illustrée par Fabrice Le Minier, concluait le volume. L’année dernière, Flatland éditeur a intégré cette nouvelle et les dessins qui l’accompagnent au sommaire de Fins de siècle, recueil de nouvelles d'Yves Letort ayant trait à quelques fins de siècles alternatives. Une publication qui a attiré l’attention du jury du Prix ActuSF de l’Uchronie, qui l’a incluse dans sa première sélection. Dans ce billet de blog, l'auteur a bien voulu revenir sur la genèse de ce texte et sur sa collaboration avec Fabrice Le Minier, dont on découvrira dans le carrousel d'images ci-dessous les dessins préparatoires.
Difficile de se remémorer en détails, près de vingt-cinq ans plus tard, ce qui a déclenché la rédaction d’Une curiosité bibliophilique. Toutefois, la genèse de cette histoire est redevable à Roland C. Wagner qui m’avait parlé de l’anthologie « steampunk » que préparait Daniel Riche, Futurs antérieurs. Avec trois pochades publiées par Roland dans son Garichankar, j’avoue avoir manqué de modestie en songeant que je pourrais être associé à une telle entreprise, surtout si l’on considère le sommaire a posteriori (Sylvie Denis, Michel Demuth, Roland, etc.).
Pour ce qui concerne l’idée de départ, je n’ai pas eu besoin de piocher très loin : ma familiarité, à l’époque, avec l’univers vernien, mon métier exercé en partie dans le domaine de la bibliophilie et le fait que je n’étais pas étranger au monde de la SF ont abouti à cette nouvelle en forme de chronique. Il manquait cependant quelque chose ou plutôt quelqu’un que je n’eus aucun mal à trouver : Fabrice Le Minier qui, dans un exercice autrement radiophonique (!), croquait les invités dans l’émission de BD juste avant celle que j’animais. Mais s’adjoindre un illustrateur pour endosser le rôle du personnage principal, l’identifier à Fabrice ne constituait qu’une étape afin qu’il échappe à une simple fonction de dessinateur, ce dont il se serait de toute façon acquitté avec talent si l’on en était resté là.
Je lui proposai alors de travailler de concert et à partir du texte. Il s’agissait d’illustrer l’Exposition universelle de 1916 avec des critères qui se rapprochaient des exigences de Verne et Hetzel à l’égard de leurs illustrateurs. Ce travail commun s’est nourri de plusieurs sources qui allaient des articles publiés dans Pour La Science sur l’exobiologie imaginaire jusqu’aux ouvrages et catalogues consacrés à l’architecte visionnaire Étienne-Louis Boullée. Par bonheur, et comme il arrive souvent dans l’élaboration d’anthologies, le délai de remise des textes nous permit un long échange où Fabrice m’envoyait des propositions que nous disputions ensuite autour d’une table ou d’une partie de badminton et accompagné d’éclats de rire, surtout à cause de Fabrice, époque joyeuse et désormais nostalgique. L’éloignement fait que nous ne revivrions certainement pas un tel moment, hélas.
Donc, Fabrice envoyait une proposition très élaborée d’après ce que nous avions débattu auparavant et l’ajustait ensuite après mes remarques… et régulièrement pas du tout puisque l’essai n’avait nul besoin de correction ! Certes, quelques illustrations ont été retoquées, surtout au début de nos échanges, mais Fabrice, qui détenait tout de même pas mal de latitudes, a créé un univers unique et qui allait bien au-delà de ce que j’avais imaginé dans mon coin au tout début. L’art du cadrage et l’humour de Fabrice améliorèrent le récit considérablement. Grâce à cela, j’ai pris l’habitude, quand je le pouvais, de demander à des illustrateurs de venir travailler sur certaines de mes nouvelles en donnant leur interprétation ou leur propre variation, mais sans mon intervention, cette fois-ci. La surprise est souvent au rendez-vous, le plaisir également, cela signifie que le texte fonctionne assez pour que l’artiste produise quelque chose à partir de ce matériau.
Daniel Riche a apprécié notre travail et l’a inclus dans l’anthologie qui est parue en 1999. Conformément au récit, les vingt et une illustrations qui constituaient le portfolio créé par Théophile Grandin fermèrent la nouvelle, mais aussi le volume, comme ils allaient le faire pour sa réédition. C’était mon premier texte « professionnel », publié en très bonne compagnie et il reçut plus tard un avis très sympathique de la part d’Étienne Barillier et de Raphaël Colson 1. L’absence de mon nom sur la couverture de l’ouvrage, due à une erreur du maquettiste résulte en définitive d’une justice immanente : la nouvelle reposait sur le grand talent de Fabrice (mais je l’ai tout de même eue mauvaise pendant pas mal d’années !)
Vingt-cinq ans plus tard, je proposais à Leo Dhayer de republier Une curiosité bibliophilique, revu et corrigé 2, accompagné de trois autres nouvelles chez Flatland : Gelée, écrite à la même époque et jamais présentée, réécrite pour la circonstance, et deux textes récents : Incident dans le métropolitain, et Le congrès dentaire de 1896, dans le recueil Fins de siècle. Il était devenu évident dès la genèse du projet que Fabrice y serait associé ! Le recueil est paru en 2024 et reprend pour Une curiosité bibliophilique les illustrations du recueil de 1999.
Restait une somme de travaux préparatoires, de croquis et de « crobards », de dessins abandonnés qui sommeillaient dans une chemise et que Fabrice m’adressait régulièrement par courrier avant de passer à la maison pour en discuter. Les essais (fort heureusement, des photocopies) étaient glissés dans une enveloppe de format A5, raison pour laquelle on trouvera quelques pliures sur les reproductions. La mise en ligne de ces travaux ajoute une coda à une histoire de presque vingt-cinq ans qui a retrouvé sa jouvence sous la très belle couverture façonnée par Leo Dhayer. Il semble inutile de commenter les différents essais, mais je vous incite à les comparer avec les dessins du volume…
Yves Letort : Fins de siècle, recueil illustré par Fabrice Le Minier — Flatland éditeur (2024)
1 : Étienne Barillier & Raphaël Colson : Tout le steampunk ! (2014).
2 : Grâce au professionnalisme d’Armelle Domenach.
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L’Échelle de Reuters, recueil de nouvelles de Claude Ecken et dix-septième volume de notre collection La Fabrique d'Horizons, paraît en ce premier jour du mois de septembre 2025. Il est donc possible dès maintenant de se le procurer, au format papier comme au format numérique, sur ce site, sur commande dans toutes les librairies, ainsi que sur les principales plateformes numériques en ligne.
Nous sommes particulièrement heureux et fiers d’accueillir dans notre collection dédiée à la création contemporaine l’un des meilleurs représentants des littératures de l’Imaginaire. Depuis ses débuts à la fin des années 70, quand paraissent ses premières critiques en fanzines et revues, jusqu’à nos jours où il poursuit son travail de nouvelliste, de romancier, de critique, d’essayiste et d’anthologiste, Claude Ecken a acquis une place de premier plan parmi les auteurs francophones.
Deux critiques viennent d’être mises en ligne qui soulignent mieux que nous ne saurions le faire l’intérêt de l’ouvrage. En remerciant leurs auteurs, nous nous contenterons donc de les citer. Ainsi, Jean-Pierre Andrevon souligne dans le supplément numérique de L'Écran Fantastique : « Excellent novelliste, l’auteur reste plutôt discret quant à sa présence dans les médias, avec seulement, jusqu’à aujourd’hui, deux recueils regroupant ses textes courts : Le monde, tous droits réservés il y a 20 ans et Au réveil il était midi en 2012. Aussi doit-on saluer la parution, enfin, d’une troisième somme, titrée L’Échelle de Reuters, et regroupant, sur 370 pages, 18 nouvelles datées de 2004 à 2018. » Avant de livrer un verdict définitif : « Chez Ecken, tout est excellent. »
Feyd Rautha, sur son blog L'Épaule d'Orion, met le doigt quant à lui sur ce qui fait à nos yeux la spécificité de L'Échelle de Reuters : « Claude Ecken propose une réflexion sur les technologies actuelles et leur prolongement possible quelques années devant nous. Les thèmes abordés sont les médias, l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, la génétique, la santé, la biologie et l’environnement. À travers elles, il illustre comment les innovations, détournées de leurs intention première, tendent à devenir des instruments de profits ou de contrôle, à l’encontre de l’humanité. On frôle la dystopie à chaque page. C’est dans ce registre – l’avenir proche – qu’il se révèle le plus percutant. Son regard sur la société est lucide, précis et nuancé. Loin de toutes pensées convenues ou superficielles, il creuse ses idées avec rigueur. La réalité est complexe, sous-tendue de courants contradictoires, Claude Ecken en a bien conscience. Les textes, notamment sur la thématique de la santé, démontrent une expérience de la vie et une réflexion que l’on ne trouverait pas chez un auteur beaucoup plus jeune. L’émotion qui s’en dégage les rend d’autant plus précieux. » Et de conclure : « L’œuvre de Claude Ecken continue d’étonner par sa lucidité et ses qualités littéraires. Si vous avez un goût pour les récits de science-fiction qui s’intéressent à la science et à ses conséquences sociétales, sans mettre de côté l’émotion, il s’agit là très certainement de l’une des très bonnes lectures de la rentrée. »
L’ouvrage fait 378 pages, au format 135 x 215 mm et coûte 20 €. De toute beauté, la couverture est illustrée par une autre figure importante de nos genres de prédilection : le grand Philippe Caza, que nous remercions chaleureusement de sa contribution et de sa fidélité à nos petites aventures éditoriales. Il est à noter qu’il est possible de se faire une idée du contenu de ce recueil en écoutant la lecture faite par l'auteur d'une des nouvelles qui le composent : Excès de santé.
Comme de coutume, mesdames et messieurs les adhérents de l’association Flatland – Maison de la fiction sont priés de passer commande par mail (contact@flatland-editeur.fr) afin de bénéficier des avantages qui leur sont réservés. Vous souhaitez adhérer et nous manifester ainsi votre soutien tout en faisant de bonnes affaires ? C’est par ici.
TABLE DES MATIÈRES :
L’Échelle de Reuters
Un Monde partagé
Les jardins d’ADN
Le Propagateur
Intermède 1 : Les Larmes de Van Gogh
La Licorne que refusa Noé
Excès de santé
La Fin de Léthé
Une épouvantable odeur de lavande
Intermède 2 : Danse avec les abeilles
Parole de chat
L’Instant de vérité
Question de tact
De La Tête à la main
Intermède 3 : L’Incarnation de la pensée
Dernier convoi
L’Anniversaire aux étoiles
Le Reste peut attendre
Intermède 4 : À L’Image de...
Lune absente
Une Éternité de plomb
L’Appel de la nébuleuse
Le Berceau de l’univers
Postface
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Notre opération promotionnelle estivale sur les ouvrages les plus anciens de notre catalogue est lancée. Durant les deux mois d’été, ceux-ci seront en vente (sur notre site uniquement) avec une remise de 20 %. À noter : le prix affiché sur la page produit reste le prix initial, la remise étant prise en compte dès le placement de votre achat dans le panier. De quoi combler à prix d’ami quelques manques de vos collections. Bel été de lectures à toustes, et rendez-vous début septembre pour nos prochaines sorties.
Entretenir un fond de catalogue, c’est bien, c’est même le moins que l’on puisse attendre d’un éditeur, car c’est la base de la relation de confiance nouée aussi bien avec les lecteurs et lectrices qui lui permettent d’exister qu’avec les auteurs et autrices qu’il publie. Faire vivre ledit fond en évitant les stocks dormants qui prennent la poussière et immobilisent un capital qui serait mieux utilisé ailleurs est tout aussi important. C’est la raison première de cette braderie d’été chez Flatland éditeur, mais pour être honnête avec vous il s’agit également de préparer notre trésorerie à la sortie de nos deux nouveautés de septembre imprimées pendant l’été (L’Échelle de Reuters, recueil de nouvelles de Claude Ecken, dans la collection La Fabrique d’Horizons, et Pauvre Cosmos, roman de David Sillanoli, dans la collection La Tangente).
Cette année, la remise de 20% concerne les ouvrages suivants, par collection :
LA FABRIQUE D’HORIZONS
FABH01 : L’espace, le temps et au-delà, recueil de nouvelles de Bruno Pochesci
FABH02 : Aventures sidérantes, anthologie thématique collective de Martin Lessard
FABH03 : Quand je serai grand, je serai mort, recueil de nouvelles de Nicolas Liau
FABH04 : L’Ange de la mélancolie, recueil de nouvelles de Nicolas Liau
FABH05 : HP20 Humanum in silico, anthologie thématique collective de Leo Dhayer
FABH06 : Des lendemains qui shuntent, recueil de nouvelles de Bruno Pochesci
FABH07 : V., anthologie thématique collective d’Yves Letort
FABH08 : Serviteurs de la Ville, anthologie collective sur un thème de Michel Jeury
FABH09 : Sortilèges nocturnes, recueil de nouvelles fantastiques de Jean-Pierre Andrevon
FABH10 : HP21 Animal ad hominem, anthologie thématique collective de Leo Dhayer
LA TANGENTE
TGT 02 : Pill Dream, novella de Xavier Serrano
TGT 03 : Brutal Deluxe, novella d’Emmanuel Delporte
TGT 05 : Wohlzarénine, roman de Léo Kennel
TGT 06 : Protocole commotion, recueil de novellas de David Sillanoli
LE GRENIER COSMOPOLITE
LGC01 : Quand l’amour déraille, anthologie thématique collective de Leo Dhayer
LGC 02 : Voyage au pays de la quatrième dimension, roman de Gaston Pawlowski
LE NOVELLISTE
Numéros 1 à 7
LES CAHIERS ARCHÉOBIBLIOGRAPHIQUES
Numéros 1 à 13
Illustration : Adelaide Claxton (1841-1927), Wonderland
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Régulièrement, nous vous offrons sur ce blog une nouvelle en lien avec l’une de nos parutions. Aujourd’hui, à l’occasion de la sortie du Novelliste #08 qui lui consacre un article biobibliographique suivi de six nouvelles inédites en français, c'est un texte d’Adeline Knapp (1860-1909) que nous vous proposons de découvrir. Initialement publié le 4 juin 1893 dans le quotidien San Francisco Call dont elle était l’une des principales signatures, cette nouvelle a donné son titre au seul recueil de l’autrice paru de son vivant (One thousand dollars a day, The Arena Publishing Company, 1894). Que vaut l’argent quand il n’est plus distribué au compte-gouttes et ne permet plus de se procurer les biens nécessaires à la subsistance ? Non sans une certaine verve caustique, de cette plume plongée dans le réel caractéristique de sa première manière, c’est la question que pose ici cette voix originale et méconnue, révoltée et militante, de la littérature féminine anglo-saxonne de la fin du dix-neuvième siècle.
« Ce dont nous avons besoin, lança l’orateur du mouvement contre la pauvreté, c’est d’une répartition équitable des richesses. Le maudit rentier, l’aristocrate aux mains blanches, le politicien spoliateur du bon peuple – tous doivent s’effacer ! Nous voulons un partage de l’argent et des fruits de la terre qui fera de chaque homme un être libre et indépendant de son voisin. Alors, seulement, le monde pourra réellement prospérer… Mais cela ne se fera pas tant que nous n’aurons pas mis un terme au fléau de la pauvreté et de la misère, à cette lutte sans fin qui conduit les hommes au désespoir et les femmes à la perdition ! »
À cet instant de la réunion, Carroll Burton murmura à l’oreille de son voisin : « On ferait mieux d’y aller. Dans une minute, il agitera le drapeau rouge et l’affaire tournera à l’émeute anarchiste. Ces meetings se terminent toujours par du grabuge. » Dale, l’ami de Burton, était d’humeur aux railleries pour se payer de l’attention qu’il avait dû prêter aux vociférations de l’intervenant. « Ces types-là ont tous un moyen infaillible pour remettre le monde d’aplomb ! plaisanta-t-il. Et pas un n’est d’accord avec l’autre… Entre nous, la situation est bien meilleure que ces agitateurs voudraient nous le faire croire. On leur donnerait un millier de dollars chaque jour qu’ils ne seraient pas encore contents ! »
Mais Burton n’avait pas le cœur à rire. Sa raison lui dictait à quel point se révélaient spécieux les arguments du représentant du mouvement contre la pauvreté, et combien pouvaient sembler ridicules ses préconisations pour une meilleure répartition des richesses. Ce soir, pourtant, il lui était impossible, comme il l’avait si souvent fait par le passé, d’écarter entièrement le sentiment que la société industrielle moderne ne tournait pas rond. « Ce n’est tout de même pas normal… », marmonnait-il en attendant son tram, après avoir souhaité bonne nuit à Dale.
La voiture d’un célèbre millionnaire, qui passait dans la rue, avait failli renverser un petit vendeur ambulant. Le gamin échevelé poussa un cri aigu de colère à l’adresse du cocher. Pour toute réponse, celui-ci fit claquer son fouet à deux doigts du visage de l’enfant, provoquant les rires des voyageurs en attente de leur rame. « Ces jeunes vauriens ! lança l’un d’eux d’un air blasé. Mieux vaudrait s’en débarrasser avant qu’ils ne deviennent de vrais truands et n’encombrent nos prisons… Quel autre avenir ont-ils ? »
Ce n’est décidément pas normal, conclut Burton pour lui-même, avant de grimper dans le véhicule qui devait le ramener chez lui. Une parfaite égalité des conditions de vie pour tous n’est pas envisageable, mais de si flagrantes injustices ne devraient pas exister dans un pays libre.
Le lendemain matin, il fut réveillé bien plus tôt qu’à l’accoutumée par de retentissantes clameurs sous ses fenêtres. « Tous les crieurs de journaux de la ville se sont donné rendez-vous dans ma rue ? maugréa-t-il en grimaçant. Qu’est-ce qu’ils racontent ? » Il lui fallut tendre l’oreille un moment avant de comprendre : « Demandez le numéro spécial du Leader ! Cinq cents… Tout sur la distribution d’argent ! »
Qu’est-ce qui se passe ? s’étonna-t-il. Les militants anti-pauvreté auraient-ils gagné leur pari ? Après s’être habillé, il sortit et dirigea ses pas vers le restaurant où il avait pour habitude de prendre son breakfast. Il acheta en chemin un journal dont la une et ce qu’elle proclamait suffirent à le stupéfier.
Pour résumer en quelques mots la nouvelle, à laquelle le quotidien consacrait deux pleines pages aux titres tapageurs, les élus souhaitant lutter contre la pauvreté, majoritaires dans les deux chambres depuis les dernières élections, étaient parvenus à leurs fins en appliquant l’une des mesures qui les avaient fait élire : le partage égal entre tous les citoyens des revenus énormes générés par les mines de Golconda, en Arizona. Celles-ci étant situées sur des terres appartenant au gouvernement fédéral, leurs richesses devaient selon les membres de ce parti profiter au peuple. Grâce à leur influence grandissante, ils avaient réussi à mettre en œuvre ce programme en votant au Congrès une loi instituant une égale répartition parmi la population des sommes fabuleuses accumulées depuis l’ouverture des mines. Bien que la découverte de ce filon d’or ait accru les réserves, l’argent n’en avait pas pour autant circulé plus librement qu’auparavant. De partout s’élevaient des plaintes contre la dureté des temps, tandis que s’amoncelaient dans les salles fortes du Trésor des tonnes de métal précieux. La question de savoir que faire de cette manne était donc devenue de plus en plus pressante, jusqu’à cette décision du Congrès stipulant que tant que les réserves n’auraient pas retrouvé leur étiage habituel, chaque citoyen américain âgé de plus de dix-huit ans, homme ou femme, recevrait quotidiennement en pièces d’or la somme de mille dollars.
Burton lut ce compte-rendu avec incrédulité. Cela paraissait trop grotesque pour être vrai. Mais si cela devait se révéler exact… Sacredieu ! N’était-il pas lui-même l’un de ces Américains appelés à devenir rentiers ? Lui, Caroll Burton, allait recevoir mille dollars chaque jour. Ah ! Si cela pouvait être vrai, songeait-il, quelle aubaine ce serait ! Joe pourrait faire ses études à l’université et ma vieille mère retourner chez elle dans l’Est. Mais au fait… Joe et la mère de Burton allaient eux aussi toucher leur pécule journalier ! C’était trop beau pour n’être pas de l’exagération de journaliste. Et pourtant… Quelle rédaction aurait osé aller jusque là ? Ces mines de Golconda avaient la réputation d’être inépuisables. Il se souvenait avoir entendu un gros financier de la cité affirmer, peu de temps auparavant, que si le gouvernement ne se décidait pas à les fermer bientôt, l’argent deviendrait une drogue qui ruinerait le marché et le capital.
La nouvelle loi fut ce matin-là l’unique sujet de conversation dans le restaurant, même si bien peu y croyaient tant la chose paraissait ahurissante. Plus tard dans la journée, pourtant, des proclamations furent placardées sur les murs et tableaux d’affichage qui levèrent toute ambiguïté. L’acte du Congrès était effectivement passé. Un découpage par secteurs allait être effectué dans chaque cité de chaque comté de chaque état, et dès le premier juin, chaque citoyen américain de plus de dix-huit ans recevrait jusqu’à nouvel ordre, en se rendant au bureau dont il dépendait, la somme de mille dollars chaque jour.
Tôt le matin du jour dit, Burton se retrouva à faire la queue dans une longue file d’attente devant la porte du centre de distribution du Xe bureau, l’une des principales agences bancaires de la ville, dont tous les employés s’activaient à remettre à ceux qui se présentaient à eux des piles de belles pièces dorées.
La foule était particulièrement silencieuse. Burton se demanda d’abord pourquoi, avant de réaliser qu’il participait lui-même de ce silence recueilli que la solennité de l’événement semblait imposer. Les gens prenaient leur or, qu’ils contemplaient un instant, puis ils signaient un reçu et se retiraient sans attendre, certains en comptant furtivement leur nouveau trésor, d’autres en feignant l’indifférence, d’autres, encore, en exultant ostensiblement d’avoir en main ces pièces brillantes qu’ils ne quittaient pas des yeux.
Vint enfin le tour de Burton à qui l’on remit cinquante grosses pièces de vingt dollars. « Vous savez qu’il y en aura autant demain pour vous… », lui indiqua le caissier tandis qu’il signait le reçu. Cette perspective l’emplissait tellement de stupeur qu’il ne put, en guise d’assentiment, que hocher la tête sans rien dire. Il s’écarta ensuite et se mit sur le côté pour observer la foule. Il s’y trouvait des veuves dans le besoin, des jeunes gens des deux sexes tout étonnés de leur bonne fortune, des industriels prospères et d’autres notoirement au bord de la faillite, d’orgueilleux millionnaires, des écrivains, des mécaniciens, des prêtres, des professeurs – chaque classe et chaque échelon du corps social se trouvait représenté parmi ceux qui passaient aux guichets.
Burton se rendit ensuite à son travail, un bureau de courtage dans lequel il passait huit heures et demie de ses journées à aligner des colonnes de chiffres dont il reportait les résultats de page en page, selon un système complexe de « comptabilité à double entrée » qu’il avait appris des années auparavant dans une école de commerce. Tous ses collègues étaient aux anges. Même le coursier, une tête de linotte d’à peine dix-huit ans, était allé retirer son millier de dollars et aspirait déjà à pouvoir remettre cela le lendemain et les jours suivants.
Dans tous les secteurs de l’économie, les affaires connurent un boom retentissant ce jour-là. Des hommes qui, la veille encore, demandaient à pouvoir différer un remboursement venaient régler leur dette rubis sur l’ongle. D’autres, qui n’auraient jamais pu se le permettre auparavant, se mettaient à consommer sans compter. L’argent coula à flots dans tous les commerces. Les gens dépensèrent allègrement, dans une ambiance d’euphorie collective.
Une deuxième distribution, le lendemain, donna une nouvelle impulsion à l’économie locale. « Maintenant, nous allons pouvoir vivre vraiment, se félicita Burton quand il put souffler un peu à la pause de midi. Pour commencer, je vais m’offrir une de ces belles mécaniques que vend Reading afin d’aller me balader à la campagne.
– Oui, nous allons nous payer du bon temps… approuva son voisin, plus tout jeune, qui l’avait entendu. Je n’ai rien vu de tel depuis la ruée vers l’or. Mais cette fois, en toute légalité… »
La journée s’écoula et chacun, dans la joie et la bonne humeur, put se permettre d’acheter ce qui lui faisait envie.
Il est étrange de constater à quel point on s’habitue vite aux bienfaits de l’existence. Carroll alla chercher ses mille dollars au matin du troisième jour sans plus s’en étonner et en se disant même qu’après tout, il n’y avait pas de quoi en faire une histoire. « Je préférerais recevoir ce pactole en un seul versement plutôt qu’au compte-gouttes, se dit-il en fourrant dans une poche l’équivalent de six mois de salaire. Cela m’aiderait davantage à en faire quelque chose. »
Mais ce jour-là, en réfléchissant à sa situation, il en vint néanmoins à prendre une grande décision. « À quoi bon rester ici ? Je n’ai jamais aimé ce travail. Je vais démissionner et me lancer dans une formation en électricité, comme j’ai toujours voulu le faire. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ce soir-là, avant de rentrer chez lui, Burton se rendit dans le bureau directorial afin d’annoncer son départ. « Vraiment ? s’étonna son employeur. Désolé de l’apprendre. Je pensais moi-même m’arrêter de travailler afin de partir en voyage, et j’avais pensé à vous pour me remplacer. Je suis prêt à vous consentir d’excellentes conditions. » Mais la décision de Carroll était irrévocable. Un électricien-né, comme lui, se devait de saisir cette occasion longtemps espérée de se perfectionner dans son hobby préféré.
Le lendemain, Burton dormit tard mais put néanmoins se préparer à temps pour aller percevoir ses mille dollars en ville. Il dut attendre plus longuement qu’à l’accoutumée qu’un tram se présente à l’arrêt, et il fut surpris de noter que le chauffeur n’était autre que le chef de ligne et qu’un cadre de la compagnie, qu’il connaissait, se chargeait de vendre les billets et de les poinçonner. En lui tendant sa piécette, Burton s’étonna : « Que se passe-t-il, Graham ? Vous avez décidé d’assurer vous-même la conduite des affaires ? »
La plaisanterie fit naître un sourire amer sur les lèvres de l’homme. « On dirait bien, répondit-il sèchement. Cette saleté de rente mise en place par les élus contre la pauvreté va causer notre ruine. Tous nos employés ont quitté leur poste. Pourquoi se fatigueraient-ils à conduire des trams et poinçonner des tickets pour deux dollars et demi à la journée alors qu’ils en gagnent mille sans rien faire ? On ne peut les en blâmer, j’imagine, mais j’aime autant vous dire que le capital va en pâtir. Il faut nous résoudre à faire tourner nos véhicules nous-mêmes ou renoncer à notre franchise. »
Burton dut reconnaître que c’était inquiétant. Il faut que j’aille chez Reading, pour ce vélo, songea-t-il. Ainsi, je ne serai plus dépendant des transports en commun. Ayant retiré son argent, il se rendit à la concession d’un célèbre marchand de cycles assurant la distribution d’un engin de qualité supérieure sur toute la côte du Pacifique. Il fit en chemin une tentative pour se débarrasser de sa monnaie d’or lourde et malcommode à transporter en la déposant dans une banque. À sa grande déception, cela ne lui fut pas possible, car on n’en voulut à aucun guichet.
« Gardez votre or ! lui fut-il unanimement répondu. Nous en avons de telles quantités que nous ne savons plus qu’en faire… Nous ne pouvons ni le prêter ni l’investir, et nous n’avons pas la place pour le stocker. »
Les poches toujours pleines, Burton ne fut pas très surpris, en arrivant à destination, de découvrir le magasin Reading fermé. Une affiche placardée à la vitrine prévenait la clientèle que le propriétaire se retirait des affaires. Je ne peux pas lui en vouloir, songea-t-il, mais quel dommage que je n’aie pas acheté mon vélo hier ! Il me faut trouver un autre agent, maintenant.
Ce fut au prix d’une longue traque qu’il finit par en découvrir un dont l’établissement était encore ouvert. « J’ai vendu tout mon stock cette semaine, lui expliqua le commerçant, et cela ne vaut pas la peine de le reconstituer puisque je compte fermer boutique. De toute façon, j’ai reçu un télégramme de la grande firme de l’Est auprès de laquelle je m’approvisionne m’annonçant que leur production avait cessé, faute d’ouvriers pour faire tourner leur usine. »
Burton se félicita d’avoir réussi à se procurer le dernier engin disponible. Et comme il n’avait que vaguement appris à rouler auparavant, il se rendit en zigzaguant à la brasserie où il avait coutume de prendre ses repas, et où il trouva porte close. « Bigre ! s’exclama-t-il en croisant l’un des habitués du lieu. Tout cela devient inquiétant. J’ai faim, moi !
— Et moi, donc ! approuva l’autre. J’ai moi-même démissionné de mon emploi aujourd’hui. J’ai toujours voulu étudier la médecine. Seul le hasard a fait de moi un charpentier, et je compte bien me venger de lui en rejoignant les bancs de l’université. N’empêche qu’en attendant, j’aimerais bien trouver de quoi manger ! »
Tous deux entamèrent une tournée des restaurants du quartier. Ils finirent par dénicher une gargote qui ne payait pas de mine, où ils purent se rassasier, assis à une table à la propreté douteuse, dans une salle crasseuse où stagnait un air vicié, de café et de quelques beignets. « Je ferme demain, leur annonça le propriétaire, tout sourire, alors qu’ils réglaient leur note.
— Nom d’un boulon ! s’exclama le charpentier. Nous allons tous crever de faim, à ce train-là.
— Oh, non… le rassura Burton avec espoir. Nous pourrons toujours faire notre cuisine nous-mêmes. »
Quelque temps plus tard, il en vint pourtant à en douter. Il cuisinait ses propres repas depuis trois jours et avait dû se nourrir principalement d’œufs durs et de pain, mais ce matin-là, il n’avait pu en trouver et avait dû se contenter d’un dernier œuf et d’un bout de miche rassis trempé dans du lait.
Il faut que je parte à la recherche de nourriture à la campagne cet après-midi, décida-t-il. Mais auparavant, il lui fallait récupérer une double ration de dollars, car pris de dégoût pour ces pièces inutiles, il n’y était pas allé la veille. La banque n’avait pas tardé à lui signifier qu’il était dans l’obligation de venir chercher son allocation quotidienne, qu’il ne pouvait entreposer son or à l’agence, la place leur manquant pour stocker celui qu’on leur laissait sur les bras.
En descendant Market Street, il vit l’un des millionnaires de San Francisco sortir du centre dans sa voiture dont il menait lui-même l’attelage. Sur l’une des banquettes de celle-ci se trouvait un petit cercueil que veillait une femme en pleurs – l’épouse du millionnaire. L’autre occupant était un garçon d’une quinzaine d’années – leur fils aîné. Entre les planches reposait à n’en pas douter la dépouille du bébé du couple et Burton comprit, en apercevant dans la voiture une pioche, une pelle et un rouleau de corde, que la famille s’en allait enterrer l’enfant mort au cimetière. Dans toute la ville, il ne se trouvait plus un seul homme pour accepter de se charger des travaux ingrats. Tous avaient de l’argent à ne plus savoir qu’en faire et aucun besoin de travailler. Le lait étant venu à manquer, une famine s’était déclarée qui faisait des ravages chez les nouveau-nés, sort auquel n’avait sans doute pu échapper le bébé du millionnaire.
Parvenu à l’agence bancaire, Burton récupéra son pécule, qu’il fourra sans façon dans un sac en toile. Il ne fallait plus compter sur la protection de la police, ses effectifs ayant fait désertion en bloc, mais nul ne se serait donné la peine de voler de l’argent. Si ce sac avait contenu du pain, cela aurait été une autre paire de manches… Tous les magasins d’alimentation avaient depuis longtemps été vidés de leurs stocks par les citoyens les plus influents, mais le métal jaune n’avait rien à craindre. Il n’y avait plus une seule boutique ouverte sur Market Street et pas un tram en vue, car depuis belle lurette le service avait été interrompu. Les ferries avaient cessé leurs rotations habituelles et il s’écoulait parfois des journées entières avant qu’un bateau ne passe entre Oakland et San Francisco. Plus aucun train n’entrait ni ne sortait de la ville. En pleine heure de pointe, la rue n’était fréquentée que par des citoyens désœuvrés, hommes et femmes chargés de sacs d’or mais que la faim tenaillait.
« Il faut faire quelque chose, reconnaissaient-ils parfois d’un air sombre. Cette situation ne peut plus durer. »
Dans l’une des rues du sud de la ville qu’il arpentait pour échapper à la vision de la détresse générale, Burton fut par hasard témoin d’une curieuse scène. Un gamin des rues d’allure misérable traînait au bout d’une corde une chèvre sur un trottoir. Un gentleman extrêmement bien habillé venait de l’aborder, et l’enfant lui expliquait qu’il ramenait l’animal chez lui pour l’abattre afin que sa mère puisse le cuisiner.
« Voici mille dollars, proposa l’homme en lui tendant un sac. Ils sont à toi en échange du quart de la viande que tu tireras de la carcasse. » Le gamin eut un sourire effronté. « C’est pour ma mère que j’le fais, dit-il. Pour sûr qu’elle en veut pas, d’votre or. Elle préférer’rait encore un plat de bouffe indienne.
— Attends un peu, reprit le gentleman en le retenant par la manche. Je dirigeais un grand atelier de confection sur mesure. Tous mes hommes m’ont quitté et j’ai dû fermer, mais il me reste du tissu en quantité. Si tu acceptes de traire cette chèvre avant de la tuer et de me donner le lait pour mon bébé, je te confectionnerai un costume de mes propres mains ! » Le garçon jeta un coup d’œil à ses guenilles, avant de reporter son attention sur Burton. « Z’êtes témoin, m’sieur ! lança-t-il. Marché conclu, et cochon qui s’en dédie ! »
Cet épisode fut à l’origine de la grande idée de Burton. En quelques heures, il réussit à réquisitionner un magasin sur Market Street, au fronton duquel il accrocha cette enseigne : « Échange de Services – un bon moyen pour sortir de nos difficultés présentes. »
Il n’eut pas à attendre longtemps ses premiers visiteurs. La ville était pleine de gens inactifs, qui se précipitèrent pour se renseigner sur cette nouvelle idée.
Le premier à se présenter expliqua : « Je possède une maison en chantier que je voudrais terminer. Avez-vous des charpentiers qui cherchent du travail ?
— Que savez-vous faire ? s’enquit Burton.
— Je suis boulanger.
— Seriez-vous prêt à payer en pain le travail fourni ?
— Naturellement, si je peux me procurer de la farine.
— Eh bien moi, je suis meunier ! cria quelqu’un dans la petite foule qui patientait derrière lui. Je veux bien me remettre au travail si cela peut me permettre d’avoir du pain sur la table, mais je n’ai aucune utilité de davantage d’or !
— J’ai du blé à ne savoir qu’en faire dans mes entrepôts, intervint un courtier en grain. Je suis prêt à le mettre à disposition et à me mettre au travail en échange de ma part du pain qu’il servira à fabriquer.
— Quant à moi, s’écria un transporteur irlandais, je serai heureux de pouvoir le conduire à destination, mais ce n’est pas pour de l’argent que je travaillerai. J’ai besoin d’une paire de bottes et de lait pour mon gamin à la maison.
— Du lait ? souligna un éleveur avec amertume. Vous auriez pu en avoir depuis longtemps si j’avais pu trouver suffisamment de mains pour traire mes cinquante vaches et quelqu’un pour le transporter jusqu’ici. Depuis que le gouvernement a provoqué cette foutue fièvre de l’or, j’ai dû laisser leurs veaux auprès de mes laitières.
— Ne me parlez pas d’or ! s’emporta un laboureur en brandissant le sac contenant son allocation journalière. Qui veut encore de cette saleté ? C’est de pain que nous avons faim ! » D’un geste rageur, il jeta sa bourse dans le caniveau, où les grosses pièces de vingt dollars allèrent rouler en scintillant au soleil. Un jeune enfant, attiré par leur éclat, lâcha la main de sa mère pour aller en ramasser une. Toutes les autres demeurèrent où elles étaient tombées – personne n’en voulait plus.
Burton exposa point par point son plan à la foule assemblée devant lui. Ce qu’il proposait, c’était d’instituer une bourse du travail organisée sur le principe de commissions d’échange. Il suggéra que les pièces d’or, désormais si inutiles, soient fondues et transformées en jetons de travail, car dorénavant celui-ci devait devenir le seul étalon. Des reconnaissances de dette, sous forme de bons payables en équivalent travail au cours légal, pouvaient également être instituées.
Le système prenait forme au fur et à mesure de son exposé, que venaient enrichir des suggestions jaillies de l’assemblée, où l’on s’enthousiasmait et où les uns et les autres commençaient à croire qu’il serait possible de sortir du bourbier.
« Je veux bien faire mes huit heures à conduire ma rame ! s’exclama un ex-chauffeur de tram. Et j’accepterai mon salaire en jetons pour le pain, le lait et la viande que je mettrai sur ma table.
— Cette viande, je la donnerai volontiers à votre compagnie pour vous, promit un solide boucher. Juste pour que le trafic reprenne.
Métier après métier, chacun s’exprima, offrant ses services et apportant ses propositions, jusqu’à ce que finalement une voix gonflée de son importance, quoiqu’un peu anxieuse, se fasse entendre. « Et nous, comment nous inscrivons-nous dans ce système ?
— Qui est ce “nous” ? fut-il demandé.
— Les banquiers, les courtiers, les capitalistes, les financiers, » répondit la voix.
Un grand rire collectif s’éleva de la foule des travailleurs rassemblés. « Oh, mais… lança l’un d’eux. Vous pouvez vous aussi joindre votre labeur au nôtre… Dites-nous ce que vous proposez.
— Nous voudrions retrouver notre journal chaque matin, cria l’un d’eux. Nous sommes prêts à travailler pour les imprimeurs et les éditeurs s’ils travaillent pour nous. »
Ainsi quantité de plans furent-ils échafaudés et les rouages de la cité se remirent-ils à tourner. Les cheminées des usines recommencèrent à fumer. Le trafic reprit, et les trams transportèrent de nouveau leurs cargaisons de passagers d’un bout à l’autre de la ville. La grande loi de l’offre et de la demande, enfin correctement appliquée, faisait travailler dans la paix et l’harmonie tous les acteurs de l’industrie. L’exemple s’étendit et la prospérité se répandit dans tout le pays. La nouvelle monnaie fiduciaire suffisait à combler les besoins journaliers de tous les citoyens, car elle était abondée par la seule véritable valeur en ce monde : la puissance de travail de chaque homme et de chaque femme.
Capitalistes et politiciens eurent tout d’abord beaucoup de mal à s’y faire, mais ils finirent par s’y accoutumer et par trouver leur place dans les rouages de cette nouvelle organisation de la production industrielle. Au bout de quelques mois, il n’y eut plus aucune raison pour que l’État fédéral continue de noyer le pays sous un déluge de pièces d’or inutiles. Et comme il devenait évident que ce système avait vécu, on cessa de battre monnaie et l’or ne fut plus utilisé que dans les arts et manufactures. Le travail devint la seule richesse commune, et le travail n’était détenu que par le Peuple.
Illustration : Emilio Longoni (1859-1932), Riflessioni di un affamato (1894), Museo del Territorio Biellese
Traduction française de Leo Dhayer
Ce texte a connu une première diffusion en ligne sur le (défunt) blog de l'Ours danseur
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Le huitième numéro du Novelliste, sur le thème Idées, idéaux, idéologies est actuellement sous presse. Il est d’ores et déjà possible de le précommander sur notre site uniquement, et il sera mis en vente, sur notre site, sur les principales plateformes commerciales en ligne et chez tous vos libraires (sur commande) le 12 mai.
Dans ce numéro, il s’agit comme à notre habitude d’organiser la rencontre et la confrontation, autour de ce thème, d’une somme de textes de fiction et d’articles issus de différentes époques. Et ce faisant, de constater que le sense of wonder ne peut être apolitique, étant donné que rien, pas plus nos mots que nos rêves, ne peut prétendre faire abstraction des idées, des idéaux, des idéologies. C’est le fait même d’avoir recours à l’imagination pour réinventer le monde, la vie, les gens, qui est politique. Que l’imaginaire serait triste s’il en allait autrement…
Cinq pôles principaux, entrecoupés d’une parenthèse, de deux doubles-pages d’historiettes, et de notre rubrique Comme une image, structurent ce sommaire. Dans le premier d’entre eux, une novella et trois nouvelles contemporaines nous présentent l’individu confronté aux injonctions sociétales et soumis à la tentation de s’y soustraire... ou pas. Les quatre nouvelles du pôle suivant explorent quant à elles l’écrivain lui-même et son œuvre devenant objets de fiction. En troisième partie, à un demi-siècle de distance, il nous a paru intéressant de revenir sur la controversée « science-fiction politique à la française », et de constater avec un regard dépassionné ce qu’elle a pu apporter et ce qu’il en reste aujourd’hui. Le quatrième pôle, par le truchement d’une novella et de trois nouvelles, confronte l’individu et les choix qu’il peut faire aux injonctions normatives de sociétés coercitives. Enfin, en cinquième partie de ce numéro, c’est la figure méconnue d’une autrice américaine de la fin du dix-neuvième siècle que nous vous proposons de découvrir. En pleine ascension du capitalisme industriel états-unien, Adeline Knapp prit à bras-le-corps les problèmes sociaux-économiques de son temps pour en nourrir sa fiction. C’est au travers d’un mini-recueil de six nouvelles inédites en français et d’un article bio-bibliographique que nous tenterons de vous la faire apprécier. En remplacement du roman à suivre que nous proposions précédemment, nous essaierons de reconduire l’expérience dans notre prochain numéro, cette fois avec la grande Ouida.
L’ouvrage fait 288 pages, au format 160 x 240 mm et coûte 18 €. La couverture est illustrée par un détail d'une toile du peintre belge Léon Frédéric intitulée Les âges de l'ouvrier. Quant au sommaire, vous le découvrez ci-dessous. Le prochain numéro du Novelliste, neuvième du nom, aura pour thème : il était une foi... ou deux, ou trois.
Comme de coutume, mesdames et messieurs les adhérents de l’association Flatland – Maison de la fiction sont priés de passer commande par mail (contact@flatland-editeur.fr) afin de bénéficier des avantages qui leur sont réservés. Vous souhaitez adhérer et nous manifester ainsi votre soutien tout en faisant de bonnes affaires ? C’est par ici.
TABLE DES MATIÈRES :
• En souvenir de Bruno Pochesci, bande dessinée inédite de Jean-Pierre Andrevon.
• Idées en marche, article de Hunter Dukes traduit par Clément Martin
• Combat superhéroïque de la Belle-Haleine et du Marchand du Sel, mème, novella de Timothée Rey
• Onur, chessboxer, nouvelle de Thomas Terraqué
• Le Vote, nouvelle de Phil Aubert de Molay
• L’Enfermement, nouvelle de Léo Kennel
HISTORIETTES : carte blanche à Ketty Steward
• L’Art du cauchemar, article de Poul Anderson traduit par Jean-Daniel Brèque
• Rencontre : Lucy et Phil, entretien avec Lucy Sussex mené par Frank C. Bertrand, traduit par Leo Dhayer
• Les Mondes de Kay et Phil, nouvelle de Lucy Sussex traduite par Hélène Collon
• Le Labyrinthe Hardoon de JG Ballard, nouvelle de Maxim Jakubowski traduite par Bernard Sigaud
• Inonder le marché, nouvelle de Joel Lane traduite par Jean-Daniel Brèque
• L’Île des anamorphoses, nouvelle d’Emmanuel Brière Le Moan
PARENTHÈSE, La Pompe à Rêves, textes de Céline Maltère, illustrations de Fernando Goncalvès-Félix
• La Science-fiction politique à la française, article de Daniel Walther
• La Mort des autres, nouvelle de Jean-Pierre Andrevon & George W. Barlow
• La neuvième Vie du chat, nouvelle de Françoise d’Eaubonne
• Venceremos ! nouvelle de Dominique Douay
• Loreley, nouvelle de Jean-Pierre Hubert
HISTORIETTES : Carte blanche à Fabrice Schurmans
• SF et normalité, article de Joëlle Wintrebert
• Le Mur des ombres, novella de Pascal Malosse
• Émulsion, nouvelle de Christophe Gauthier
• La Joie au ventre, nouvelle d’Elga Bland
• L’Adulte qui rêvait d’être enfant, nouvelle de Jonathan Grandin
COMME UNE IMAGE : Marianne Desroziers, Papillon, Benjamin Desmares, Grégoire Domenach sur une illustration de Shevek
• Vie et défense d’Adeline Knapp, article de Leo Dhayer
• Deux copains, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
• Le Malade, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
• La grande Idée, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
• La Machine récalcitrante, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
• La dignité par le travail, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
• Le Sommeil de la Terre, nouvelle d'Adeline Knapp traduite par Leo Dhayer
CLAP DE FIN : Der Grosse Kopf (1899), Alfred Kubin (1877-1959)
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> C'est aujourd'hui, jeudi 3 avril, qu’est mis en vente notre dernier livre, Demain commence hier, recueil de nouvelles de George W. Barlow réuni et présenté par Jean-Pierre Andrevon, qui est également le premier volume de notre nouvelle collection Expresso. On peut se le procurer aux formats papier et numérique sur notre site, sur les principales plateformes commerciales en ligne, et au format papier uniquement sur commande dans toutes les librairies.
> C’est également aujourd’hui qu’est mis en précommande (sur notre site uniquement) notre prochain livre, Le Novelliste #08, sur le thème « Idées, idéaux, idéologies », qui sortira au mois de mai. Curieux d’en découvrir la couverture et le sommaire ? Suivez le lien qui va bien pour étancher votre curiosité !
> C’est, de même, aujourd’hui que notre nouveau site arbore enfin son apparence définitive ! Il reste bien sûr quelques plâtres à essuyer, des détails à régler, des mises à jour à effectuer (surtout en ce qui concerne les notices bio des auteurs et les citations d’articles laudateurs). Néanmoins, l’essentiel d’un travail qui a demandé de longues semaines de patience et d’investissement se termine, et je remercie chaleureusement Clément Latzarus et Biblys d’avoir été d’impeccables partenaires pour ce saut dans l’inconnu. Honnêtement, Flatland éditeur dispose désormais d’un site de compétition qui a déjà fait ses preuves. À vous à présent de l’essayer et de nous dire ce que vous en pensez. N’hésitez pas à nous faire remonter les difficultés que vous pourriez rencontrer ou les erreurs ou anomalies que vous pourriez relever.
> C’est, enfin, aujourd’hui également que nous accueillons sur notre site un nouveau venu dont la présence nous emplit de fierté. À l’onglet « Autres éditeurs », sous-menu « Yellow Submarine », vous pourrez désormais vous procurer les cinq derniers numéros de cette publication consacrés à des dossiers sur Roland C. Wagner. Yellow Submarine, dont la barre est depuis toujours tenue d’une main ferme par André-François Ruaud, est l’un des plus anciens fanzines de SF francophone en activité (à ma connaissance, seul A&A infos de Francis Valéry doit être plus ancien). Privé de débouchés sur le net à cause de la disparition regrettable des Moutons électriques, il fallait lui trouver un nouveau port d'attache, et c’est avec joie que l’association Flatland le lui a offert.
Tout cela est bel et bon, mérite qu’on s’y attarde, qu’on s’en réjouisse, et qu’on se le dise et répète. En somme, ce jeudi 3 avril a tout d’un jour de fête !
Illustration : Hilma af Klint (1862-1944), Les dix plus grands âges de la jeunesse (1907)
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Comme chaque année avec le printemps, le Prix Rosny aîné est de retour. Décerné depuis 1980, ce prix est sans doute l’un des plus représentatifs dans nos domaines de prédilection, puisqu’il permet au premier tour à tout le monde sans distinction de voter pour ses romans et ses nouvelles favorites. Rappelons qu’il doit s’agir uniquement de textes de science-fiction publiés au cours de l’année précédant le vote (ici, du 1er janvier au 31 décembre 2024). Une liste est établie par le secrétariat du prix pour ce faire, dans la catégorie des nouvelles (c’est par ici) comme pour celle des romans (c’est par là). Il est possible de voter très simplement en ligne ou de le faire également par mail ou courrier papier en contactant le secrétaire du prix, Bruno Para (bruno@noosfere.com). Le premier tour s’achèvera le 30 juin 2025, quant au deuxième, il est réservé aux inscrits à la 52e convention nationale de science-fiction (du 21 au 24 août 2025 à Saint-Ay), au cours de laquelle le trophée (créé, rappelons-le, par Caza) sera remis aux vainqueurs.
Si vous avez aimé un ou deux (voire plus si affinités) des textes publiés en 2024 par Flatland, nous ne saurions évidemment trop vous conseiller de voter pour eux. Notre maison de microédition associative n’est représentée que dans la catégorie des nouvelles, ce qui n’a rien d’un hasard, puisque le soutien à la forme courte est la raison d’être de notre association autant que sa terre de prédilection. En 2024, Flatland éditeur a publié neuf ouvrages relevant de cette forme littéraire, six dans notre collection la Fabrique d’horizons (Paris perdus de Fabrice Schurmans, Fins de siècle d’Yves Letort, Esquilles et lambeaux de Nicolas Liau, Conte des cinq sens d’Emmanuel Brière Le Moan, Ce qu’il advint du Reich de mille ans de Jean-Pierre Andrevon et Bruno Pochesci et HP22 Filii futuri, anthologie thématique annuelle réunie par Leo Dhayer et Xavier Dollo), et trois dans notre collection La Tangente (Osgharibyan de Léo Kennel, Charles et moi d’Yves Letort et Débandades de Didier Pemerle), pour un total de 81 nouvelles publiées. Parmi celles-ci, 43 titres défendus par notre maison sont soumis à vos suffrages cette année :
ANDREVON Jean-Pierre : Nazisme : les années américaines
AUBERT de MOLAY Phil : L'Enfance de l’art ®
BRIÈRE LE MOAN Emmanuel : Conte des cinq sens
BHUTIA Pauline J. : La Demi-mort de lenfan-muse
BOULANGER Anthony : Avant de s'endormir
CAZA Philippe : Lulu
CHOSSON Michaël : Dès que je ferme les yeux
CONSEIL Julie : Les Vieux enfants d'Oekrayn
DENIS Sylvie : Sombre énergie
FIZZALA Léa : Polyverse
GAUTHIER Christophe : Carnet rose
GECHTER Olivier : De l’autre côté du mur
HECTOR Anaïs : Signé Hedda
HOLIC Frédéric : Dans le jardin de briques
KENNEL Léo : Osgharibyan suivi de Un oiseau de secours
KENNEL Léo : Zinzoline dans le métro
KRUG Jean : Impulsion élémentaire
LE GOLVAN Nicolas : Omg5ie
LENN Jonas : C'était presque une enfant
LEROUX Mélanie : Le Jardin d'Eden fermera ses portes à dix-neuf heures
LETORT Yves : Incident dans le métropolitain
LETORT Yves : Le Congrès dentaire de 1896 et ses conséquences
LETORT Yves : Gelée
LETORT Yves : Une envie de Charles
LETORT Yves : Le Gamin
LETORT Yves : Au bord du trou
LETORT Yves : Le Vorgianne
LETORT Yves : L’Extracteur
LETORT Yves : Dans le box
LETORT Yves : L’Arrivée
luvan : Grande ire
M. Alexis M. : Le Huitième nouveau-né
NADAL Julie : Article Premier
NARA Yoann : Léo va bien
PEMERLE Didier : Débandades
POCHESCI Bruno : L'Avenir derrière soi
ROZENBAUM Alain : Un coin de ciel bleu
SABOT Antonin : Le Dernier émerveillement
SCHURMANS Fabrice : Paris perdus
STEWARD Ketty : Les Petites filles en noir
TRUDEL Jean-Louis : L'Heure des exceptions
VERDIER Sébastien : La Caravelle des étoiles
VON MOBIUS Mello : Charly
Pour terminer, remerciements particuliers aux bénévoles qui font vivre le prix et lui permettent d’exister chaque année, et notamment au secrétaire du prix, Bruno Para.
(Illustration : J.-H. Rosny aîné. Détail non crédité de la une de L'Illustration du samedi 1er août 1896 dépeignant les huit membres de l'académie des Goncourt, doc. Wikimedia)
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Régulièrement, nous vous proposerons sur ce blog des nouvelles à lire en lien avec nos parutions. C’est George W. Barlow qui ouvre le bal, avec cette nouvelle d’une poésie cosmique et amoureuse que n’aurait pas reniée Stapledon. Initialement parue dans Lunatique, le Fanzine de Jacqueline Osterrath, en août 1973 (n° 65), elle fut également reprise en juin 1975 dans la revue Fiction (n° 258). Si le mot d’ordre n’était pas, dans notre nouvelle collection Expresso, à la concision extrême et aux choix éditoriaux drastiques, elle aurait pu figurer au sommaire de Demain commence hier, recueil de nouvelles de l’auteur choisies et présentées par Jean-Pierre Andrevon, qui sortira chez Flatland le 3 avril 2025 et que l’on peut d’ores et déjà commander sur ce site, ici pour le livre papier, et ici au format numérique. Quant à ses intentions, George W. Barlow explique : « Ce texte tient plutôt de l’évocation poétique que de la nouvelle proprement dite. Du point de vue de la forme, il repose sur une technique originale : la trame entière s’articule autour des vers d’un poème de Tristan Corbière. Quant au thème, il aborde (de façon allusive) l’idée de l’exploration du cosmos par l’esprit, tandis que le corps reste enchaîné par les lois de la relativité. » Précision importante : l’auteur nous a aimablement et exceptionnellement autorisés à reproduire sur ce site cette nouvelle dont il conserve tous les droits. Merci donc à tous et à chacun de ne n’en faire usage que dans le respect des droits d’auteur.
Illustration : Kosmická vize de František Kobliha (D.R.)
Me voici donc enfin assise auprès de toi, après tant de couloirs, et de bureaux, et de promesses échangées avec des gens en blouse blanche. Toi étendu sur ce lit étrange, totalement immobile. Prisonnier d’un harnachement de fils et de tubes, qui me dérobe même ton profil ingrat, et tant chéri.
Dors : ce lit est le tien… tu n’iras plus au nôtre.
À toi seul ce lit : plus jamais ton corps contre le mien ! Même, tu ne m’entends pas, tu ne me vois pas ; même, tu n’es pas vraiment dans cette chambre avec moi. Tu n’es plus dans ce monde, ce monde de chambres, de couloirs, de rues, de routes, de champs, de plaines, de montagnes, où nous avons été ensemble. Tu n’es plus dans ce temps, ce temps de secondes qui gouttent, d’heures qui coulent, de jours et de nuits qui nous baignaient ensemble.
Il n’est plus de nuits, il n’est plus de jours.
Mais déjà, poète, passaient-ils semblables, pour nous ensemble, au même rythme ? Déjà, poète, tu t’échappais souvent de l’ici et du là, du maintenant, de l’hier et du plus tard. Souvent déjà tu ne m’entendais pas te parler, tu ne me voyais pas te regarder. Tu ne me sentais pas t’aimer. Déjà, tu m’échappais. Tu me rejetais, moi qui avais tout donné, qui m’étais toute donnée, pour t’avoir.
L’aimé, c’est toujours l’Autre.
Pourtant, j’étais riche, on me trouvait intelligente, on me disait belle. On m’enviait, on m’écoutait, on me courtisait. J’enseignais aux enfants le goût de la poésie, pour le plaisir, et fuyais les amants, par ennui. Je t’ai trouvé pauvre et laid, mais sublime : poète. Et, pour avoir un poète à aimer, j’ai tout perdu : perdu l’argent, que ma famille m’a refusé parce que je te le donnais ; perdu l’intelligence, car l’on me trouva folle – le professeur qui vivait avec un clochard – et je me trouvai bête auprès de toi : moi qui savais seulement jongler avec les mots, toi qui appelais les choses qui n’ont pas encore de nom ; perdu la beauté, car le seul que j’aurais voulu voir la voir, le seul que j’aurais voulu entendre la dire, ne semblait pas la voir, ne voulait pas la dire. Certes, tu ne me trompas jamais avec une autre femme : pire, avec tout et avec rien ; car dans tes poèmes il y avait la beauté de tout, et la beauté de la beauté, et la beauté de rien, mais non la mienne : ni la beauté que j’aurais voulu que tu me voies, ni la beauté de notre union, de toi et de moi ensemble, ni une beauté née de notre union, de toi et de moi ensemble, où chacun de nous aurait pu se reconnaître, mais complété, comme en un enfant des parents de chair ; la beauté de tes poèmes m’était aussi étrangère qu’aux enfants celle des poèmes que je tentais de leur ouvrir. Certes, ma beauté, tu la prenais quand je te la donnais : mais la beauté est-elle sans qu’un poète la connaisse et la dise ? Au lieu de m’emporter avec toi dans la poésie, tu partais seul : tu me laissais préparer seule ce que j’allais dire des poètes aux enfants, et toi, l’enfant-poète, mon enfant qui te laissais nourrir et aimer, mais non pas mon poète, toi tu regardais, au-delà de moi, des choses ? des âmes ? que nul ne pouvait voir.
Rêve : la plus aimée est toujours la plus loin.
Plus loin ! Plus loin maintenant tu m’as fui, plus complètement j’ai perdu mon poète, que lorsque ton regard me traversait, que lorsque tu entendais une voix qui n’était pas la mienne et que je ne pouvais entendre ! Plus loin que d’où je te ramenais, vaguement irrité, d’un regard tristement insistant ou de ton prénom murmuré comme une prière vide : « David ! David ! » Tu vois, je t’appelle tout de suite, et je te regarde depuis longtemps déjà, mais tu ne m’accordes même plus ta semi-présence, ta présence prosaïque. Ce que moi je vois, avec les autres, et que toi tu fuyais souvent, tu ne peux plus jamais le voir.
Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !
Mais fait-il noir pour toi, maintenant ? Par-delà le noir, et les étincelles, n’as-tu pas maintenant trouvé un nouveau soleil ? Mort pour moi mais vivant loin de moi. Loin de ton corps, loin de cette boule de terre. Ici, tu dors ; là-bas – où ? – tu voles, là-bas tu vis : au-delà du ciel noir.
Ils te croiront mort : les bourgeois sont bêtes.
Je suis une bourgeoise bête, moi ! Je voulais être « ta bourgeoise », oubliant qu’un poète n’en peut avoir. Est-ce pour cela que tu as fui, pour ne pas te laisser, par moi, dans moi, enraciner, incruster, encroûter ? Est-ce pour me quitter, pour m’ôter de toi – comme un habit trop bourgeois qui te collait à la peau et te privait de ta nudité d’enfant, de sauvage, de poète – que tu as préféré arracher la peau avec, que tu as choisi de rejeter ton corps en même temps que le mien ? Est-ce pour cela que tu as répondu à l’appel de ces gens en blouse blanche ; que tu les as laissés te soumettre, poète, à des expériences, à des mesures, à des instruments, à des chiffres, comme une bête ou un conscrit ? Est-ce pour cela que tu as repoussé mes caresses et mes baisers pour l’étreinte froide de leurs fils et de leurs tubes ?
Et l’ange du plafond, maigre araignée du soir,
– Espoir ! – sur ton front vide ira filer ses toiles.
À ces araignées géomètres, il fallait un papillon. À ces esprits calculateurs, un esprit danseur, qui s’ébatte à toutes les musiques. Un esprit chanteur qui résonne à toutes les brises. Un esprit kaléidoscope, qui mire les jeux de formes et de couleurs les plus fugitifs. Ils t’ont choisi. Ils t’ont pris à moi. Ils t’ont donné ce sommeil du corps et cet essor de l’esprit : ils t’ont fait mort pour nous, pour moi, mais plus vivant que jamais pour toi-même, vivant comme toujours tu avais aspiré à l’être, vivant déjà mille vies peut-être, mille rêves vrais.
Ferme les yeux pour voir.
Ils ont fermé tes yeux pour que tu puisses voir par d’autres yeux ; fermé tes oreilles à ton prénom, David, que je murmure en vain, pour que tu entendes des voix lointaines ; fermé ton esprit à notre monde, à nos pensées – à mon amour – pour que tu t’ouvres à d’autres esprits.
Dors… en attendant venir toutes celles
Qui disaient : Jamais ! qui disaient : Toujours !
Elles sont venues à ton esprit enfin vidé, toutes ces étoiles qui disaient briller toujours, qui disaient n’être jamais à l’homme ; toutes ces âmes que tu pressentais ; toutes ces pensées étrangères que ta poésie déjà reflétait vaguement. Elles sont venues à toi, ou tu es allé à elles, qu’importe : vous vous êtes rencontrés par-delà les toujours et les jamais, les jours et les nuits, les espaces obscurs et les années-lumière.
Dors : on t’appellera beau décrocheur d’étoiles,
Chevaucheur de rayons.
Car nul corps de chair en armure de métal ne saurait chevaucher la lumière ; et nul Don Quichotte, sur nos Rossinantes au souffle de feu, ne saurait galoper jusqu’aux étoiles : la monture s’y essouffle et le cavalier consume sa vie, nargue par un horizon qui recule toujours. Mais l’ascète peut réussir où le conquérant échoue, et l’antique Pégase surpasser les astronefs. C’est seulement désarmé, dépouillé, dénudé, désincarné même, que l’homme peut franchir les déserts brûlés par le soleil noir. La lumière, énergie la plus pure, y traîne et parfois s’y perd : seul peut la distancer l’esprit pur.
Va vite, léger peigneur de comètes !
Va vite, poète, monté sur ce Pégase de fils électriques, de tubes de plastique, de plaques de métal, de circuits enchevêtrés – des cadrans pour œil, des électrons pour foin, Pierrelatte pour hippocréne ; va vite, Mazeppa que ta monture emporte couché vers un royaume ; va vite à travers les espaces noirs, loin de moi ; vers les étoiles, loin de moi ; vers d’autres âmes. Va sonder les reins biscornus, les cœurs arythmiques.
Dors d’amour, méchant ferreur de cigales !
Va t’unir, plus étroitement que jamais à moi ta belle amante, aux monstres qu’engendrent des soleils violets, des mers d’acide, des ciels délétères. Va faire la cour aux belles de l’enfer, sur les collines d’ammoniac gelé, aux rives des fleuves de fer en fusion, à l’ombre des forêts de cristaux, au doux murmure des branches de soufre sous les brises de méthane ! Va plonger tes yeux dans des yeux turgides, fondre ta chair dans des chairs purulentes, marier ton âme à des âmes putrides, poète : va aimer des caricatures !
Un baiser sous le voile
T’attend… on ne sait où.
Ton grand amour universel, poète, duquel seule je ne fus pas digne, les hommes en blouse blanche s’en servent comme d’une sonde qu’ils plongent au fond des trous noirs de l’espace, où ils ne peuvent glisser le doigt ni le regard. Ta pensée, portée non plus par ton corps, mais par l’énergie pure dont ils te nourrissent, a pu s’élancer plus loin et plus vite que nul jamais, sans rompre pourtant le lien ténu qui l’attache encore à ce corps resté ici. Gardé ici, non par moi, pour moi : mais par eux, pour eux. C’est l’autre bout de la grande sonde télescopique, celui qu’ils tiennent ferme, pour recevoir toutes les secousses produites, à l’extrémité libre où tu t’agites, par le choc de toi contre l’autre. La toile d’araignée savante qui englue ton corps et me le dérobe, non seulement impulse l’essor de ton âme mais aussi en transmet toutes les vibrations aux araignées en blouse blanche qui te guettent. Et ces vibrations de ton âme à d’autres couleurs, à d’autres formes, à d’autres sons, à d’autres passions, à d’autres pensées, deviendront chiffres sur leurs cadrans, courbes sur leurs écrans, signaux dans leurs micros : le festin de l’araignée !
De ton œil béant jailliront les feux
Follets prisonniers dans les pauvres têtes.
Les cerveaux étranges que tu sonderas, tu les digéreras pour en nourrir les savants ! Tu voulais vivre un poème inouï, et tu vas écrire des équations ! Tu n’es pas le ferreur mais la paille entre ses doigts, aussi mort à ses yeux que la paille. Et c’est maintenant que tu n’es plus vraiment toi-même pour les hommes, maintenant que tu n’es plus pour eux qu’un instrument sans vie, qu’ils t’acceptent, t’honorent, te louent. Toi le bohème, le poète maudit, le paria, dont on montrait du doigt l’accoutrement et dont on ignorait – ou moquait – les vers, qu’on traitait de paresseux parce qu’on ne comprenait pas l’activité qui bouillait derrière un œil vague, te voilà maintenant qui dors depuis des jours et des nuits – tu n’imagines plus, tu n’es plus qu’un miroir ; tu ne chantes plus, tu n’es plus qu’un écho : et c’est maintenant qu’on te proclame héros, génie, conquérant ! L’âne vivant s’est fait lion mort : le haro, hourra !
Ris : les premiers honneurs t’attendent sous le poêle.
Mais non, tu ne ris pas, non plus que tu ne pleurais naguère. Lorsque ton corps vivait parmi les nôtres, tu ne te souciais déjà ni du mépris des foules ni de mon amour. Que t’importent la gloire et les équations à ce bout, si à l’autre tu as le poème et la joie ; si ces grandes révélations dont tu avais soif, avant de renseigner le savant, charment le poète. Si tu communies enfin avec d’autres âmes, que t’importe de n’avoir peut-être pas conscience d’avoir enfin franchi l’espace qui sépare les âmes – non plus que n’avait conscience d’avoir franchi le temps qui sépare les âmes ce poète d’il y a deux siècles, ton frère dans la laideur et dans la quête de la beauté ; ce poète dont ton profil fuyant m’a toujours rappelé les traits ingrats, tels qu’il les dessina lui-même d’un orgueil amer ; ce poète dont, tandis que je te contemple et pense à ton sort, les vers me remontent l’un après l’autre en tête ; ce poète qui, croyant écrire sa propre épitaphe, prophétisait ton apothéose.
© George W. Barlow
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Dès aujourd’hui, lundi 3 mars, est mis en précommande sur notre site notre nouveau livre, dans sa version papier comme dans sa version numérique, qui toutes deux seront disponibles à compter du jeudi 3 avril. Il s’agit du premier opus, consacré aux nouvelles de George W. Barlow (anthologiste : Jean-Pierre Andrevon), d’une nouvelle collection baptisée Expresso.
En un joli petit volume aussi serré et peu onéreux qu’un expresso, cette collection voudrait célébrer des nouvellistes actifs à la fin du siècle passé en mettant en perspective leur apport aux genres de l’Imaginaire.
George W. Barlow, poète, essayiste, romancier, nouvelliste, critique, anthologiste et fin lettré est de ceux-là, et non des moindres. De l’humour bien tempéré de L’Effeuilleuse affolée au fantastique macabre d’Obole à Charon, du space opéra humaniste de Des fleurs sur son fumier à la plume expérimentale de Poisson aveugle, des saillies provocatrices des Dragos à la prose poétique du Lendemain des salamandres, survol d’une œuvre présenté par Jean-Pierre Andrevon et commenté par l’auteur.
L’objet fait 200 pages tout rond, au format 135 x 180 mm (ramassé comme un expresso, en somme), et coûte 12 € dans sa version papier, et 4 € dans sa version numérique (Epub3 et PDF). L'illustration de couverture est due aux talents mathématiques et graphiques d'Owen Maresh. Quant au sommaire, vous le découvrez ci-dessous. À signaler : un autre recueil, plus ramassé encore, premier opus d’une nouvelle collection (c’est une manie !), sortira dans le courant de l’année. Il regroupera, en une sorte de cycle informel, les nouvelles de SF d’inspiration homérique de George W. Barlow initialement parues dans le fanzine Lunatique de Jacqueline Osterrath.
Comme de coutume, mesdames et messieurs les adhérents de l’association Flatland – Maison de la fiction sont priés de passer commande par mail (contact@flatland-editeur.fr) afin de bénéficier des avantages qui leur sont réservés. Vous souhaitez adhérer et nous manifester ainsi votre soutien tout en faisant de bonnes affaires ? C’est par ici.
TABLE DES MATIÈRES :
• Un Français très anglais, et vice-versa, préface de Jean-Pierre Andrevon
• L’Effeuilleuse affolée (première publication : Lunatique ° 42, 1968, sous le pseudonyme de Bela Gregorov)
• Trois variations concertantes sur un thème à deux temps (première parution : Lunatique n° 48, 1968)
• À l’ombre d’une jeune fleur (première parution : Univers 1982, J’ai lu SF n° 1340, 1982)
• Des fleurs sur son fumier (première publication : Lunatique n° 38, 1968)
• Demain les chiens… et les chattes (première parution : Fiction n° 251, 1974)
• Poisson aveugle (première publication : Univers 05, J'ai Lu - SF n° 665, 1976)
• Obole à Charon (première publication : Proxima 08, 1985)
• Les Dragos (première publication : Retour à la Terre 2, Denoël - Présence du Futur n° 216, 1976)
• Le Lendemain des salamandres (première publication : Lunatique n° 21, juin 1966)
• Entretien
• Bibliographie