Faute d’être en mesure, pour raisons techniques, de vous présenter le témoignage de l’occupant du Troisième droite (Jules Pétrichor et son ‘Monsieur Edmond’, mais ce n’est que partie remise), c’est celui de Roland Goeller, son voisin du dessous de ‘L’immeuble d’à côté’, que nous vous proposons aujourd’hui.

 

« Depuis longtemps je trouve refuge dans la petite ville de Soulac-sur-Mer. Elle est située au bout de cet éperon de terre girondine qui s’avance dans l’Océan ; les vacanciers jouissent d’immenses plages ; le phare de Cordouan lutte contre la houle ; au Moyen-Âge les pèlerins en route vers St-Jacques traversaient l’estuaire en embarquant sur un bac à Royan ; il reste les fameuses 'piscines' et d’innombrables bunkers, témoins de l’hybris d’une armée qui, en 44, attendait le débarquement des anglo-américains ; ceux-ci vinrent par les terres et les combats furent titanesques. Un immeuble a été érigé dans les années soixante en front de mer, le Signal ; les vacanciers étaient aux premières loges pour assister aux flamboyants couchers de soleil. L’immeuble aujourd’hui n’existe plus, rasé car menacé par l’avancée des eaux ; l’Océan 'grignote le trait de côte', dit-on en haut lieu, mais Neptune a toujours eu des ambitions terrestres. C’est dire que Soulac-sur-Mer concentre des lignes de force fécondes. J’avais remarqué les textes publiés par Yves Letort dans la revue L'Ampoule ; j’ose penser que Yves a remarqué deux ou trois miens textes confiés à la même revue. Il se trouve que, portés par une commune vénération pour le Rivage des Syrtes de Julien Gracq, nous nous croisons à nouveau chez l’éditeur Terres du couchant. Je ne saurai trop remercier Yves d’avoir porté ce projet, L’immeuble, avec rigueur et verve. Ostinato rigore, disait Léonard. Mes remerciements vont aussi à Lionel Évrard, d’accueillir le recueil dans son catalogue. Puissent les lecteurs le grignoter et le savourer ! »

 

Écrire, mais quoi et pour qui ? Il y a un désir de faire quelque chose avec les mots, comme de peindre ou chanter. La fonction crée le besoin. Le Seigneur aurait-il posé une plume dans la main ? On ne peut pas être sûr de cela, aussi faut-il travailler sans relâche, livrer des preuves. Roland Goeller a consacré une partie de sa vie au « système ». Ingénieur de formation, il fut tour à tour cadre de maintenance, chef d’agence commerciale, contrôleur de gestion, consultant en grands projets. Il n’en a pas moins gardé un regard distant. Cet Alsacien né en 1956 a trimballé des questions d’histoire, un passé, un passif. Quelle identité et quelle langue ? Français ? Allemand ? Il observe ses contemporains et cherche à construire une vision, un roman qui se tient, Sisyphe à la peine. Vous trouverez ses livres aux éditions Terres du couchant (Avant que le cœur ne cesse de battre), l’Abat-jour (La partie immergée), ses nouvelles dans des revues, L’Ampoule, Brèves, Harfang