Crépuscules
Le Grenier Cosmopolite #3, juin 2026
Les romans de Georges Eekhoud (Kees Doorik, La Nouvelle Carthage, Escal-Vigor, L’autre Vue) ont laissé dans le paysage littéraire belge – et plus largement francophone – une empreinte durable, mais l’homme fut également un nouvelliste fécond. C’est ce versant moins disponible aujourd’hui de l’œuvre de cet auteur que ce volume, le premier d’une série de trois regroupant l’intégrale de ses nouvelles, vous propose de redécouvrir, en commençant par celles qui relèvent du fantastique. Même en l’absence d’un élément surnaturel flagrant, il flotte dans certains écrits d’Eekhoud comme un parfum d’entre-deux, d’irrésolu, de menace latente. Pour illustrer ce clair-obscur littéraire qui le caractérise, treize nouvelles ont été retenues, de « La Danse macabre du Pont de Lucerne » à « La dernière Lettre du matelot », sans oublier « L’Aventure d’un buveur de bière dont les chopes ne moussaient plus », « Marcus Tybout », « Le Cœur de Tony Wandel », « Le Suicide par amour », « Les Clous de malédiction », « La Fin de Bats » et d’autres encore.
Comme le souligne Éric Lysøe dans sa préface, « c’est également de cette large extension du fantastique dont témoignent les nouvelles de Georges Eekhoud réunies dans le présent volume, en ce qu’elles nous font passer de l’effrayante réalité à la merveille poétique. Dans le même temps, cependant, ces différents textes donnent une inflexion originale à ce fantastique étendu, expansé pourrait-on dire. Car sous couvert de références flamandes, ils l’inscrivent résolument dans une perspective qu’on pourrait identifier comme “belge”. En effet, la Belgique, ce pays seuil qui servit de terrain de bataille à l’Europe avant que celle-ci n’y installe la plupart de ses institutions – la Belgique, en un mot, a développé dans le dernier quart du dix-neuvième siècle une forme spécifique de fantastique, un fantastique élargi précisément, là où la France préférait enfermer la littérature dans des cases étanches, plaçant le merveilleux du côté de la poésie et l’étrange du côté de la prose réaliste. »
En complément de ces Proses du clair-obscur, ce premier tome regroupe également cinq Proses du pénitencier dédiées aux « voyous de velours » qui occupent une place de choix dans le cœur de l’auteur et qui peuplent une large part de son œuvre, ainsi que huit Proses du pays natal , pour tenter de cerner les racines familiales et géographiques de celui qui aura sa vie durant proclamé son attachement à la Campine anversoise, sa « contrée de dilection ». Trois portraits esquissés par ceux qui furent ses amis et confrères (Sander Pierron, Émile Verhaeren, Albert Giraud) viennent clôturer l’ouvrage, ainsi qu’un glossaire des termes rares et tombés en désuétude.
Communions et Kermesses, après Crépuscules, viendront prochainement compléter ce panorama exhaustif d’un des principaux nouvellistes belges d’expression française.
Sommaire
Préface d’Éric Lysøe
Avant-propos de Leo Dhayer
Proses du clair-obscur
La Danse macabre du Pont de Lucerne
La Jambette de Kors Davie
Les Clous de malédiction
La dernière Lettre du matelot
L’Aventure d’un buveur de bière dont les chopes ne moussaient plus
La Fin de Bats
Tyl Kartouss
Marcus Tybout
Le Cœur de Tony Wandel
Les quatre Métiers de Stann Molderé
Les Terrassiers du diable
Le Suicide par amour
Le Stryge
Proses du pénitencier
Avant-propos de Leo Dhayer
Croix processionnaires
Le Moulin-horloge
Appol et Brouscard
Le Tribunal au chauffoir
Chez les Las-d’aller
Proses du pays natal
Avant-propos de Leo Dhayer
Ex-voto
Tante Marie
Les Protégés de ma grand-mère
Bino
Mémorandum
Kokkerjo
Le Pèlerinage de Dieghem
Les Sorciers de Borght
Trois portraits de Georges Eekhoud
Le Barde de tous les souffrants, par Sander Pierron
Là-bas, cet irréductible ? ‒ Georges Eekhoud, par Émile Verhaeren
Un lourd et magnifique héritage, par Albert Giraud
Glossaire des termes rares et tombés en désuétude
Indications bibliographiques